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- Interview de Dyginst, artisan de la matière.

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Interview de Dyginst, artisan de la matière, créateur de « Baibaites ».

J’ai découvert vraiment le travail de Dyginst les 8 et 9 aout derniers au festival de l’Art Imaginaire et Fantastique de Beaumont en Auge. Emballé par son imaginaire, c’est là que nous avons fixé une date afin de réaliser cette petite interview.

Dyginst bonjour, vous êtes un jeune artiste Havrais, né en 1982, vous êtes le créateur des baibaites que vous mettez en scène dans vos drôles de machines mais aussi vous peignez, vous assemblez, vous sculptez, vous faites des photomontages sous Photoshop. Tout cela est vaste, alors comment vous définissez vous ?

C’est pas simple de s’décrire comme ça, pour l’exposition du festival de l’art fantastique de Beaumont en Auge, on m’a présenté comme « taxidermiste du fantastique » mais j’pense que l’appellation « artisan de la matière » regrouperait mieux l’ensemble de mes travaux, c’est large car même pour mes photomontages on peut dire que j’utilise de la matière photographique.

D’où vous vient votre nom ?

C’est vieux, ça r’monte à la 3ème, il me fallait un pseudo et pendant un cours d’anglais que je suivais, on va dire, de loin, j’ai aligné des lettres en les choisissant graphiquement (j’aime bien le « y » par exemple), et en les mélangeant j’ai fini par trouver que « Dyginst » sonnait bien. J’fais toujours pareil d’ailleurs pour donner des noms à mes toiles, j’prends le mot que la toile m’inspire, j’le triture dans tous les sens et le nom sort de ce pèle mêle.

Vous avez passé deux ans à Paris dans une école de maquillage artistique pour apprendre à créer des personnages fantastique pour le cinéma, vous avez suivi une formation de graphiste à Rouen, cela vous aide sans doute pour vos monstres, mais pour vos machines, les assemblages de squelettes, la peinture, comment avez-vous été formé ?

Pour les machines, je peux dire que j’me suis « auto-formé », on sait tous utiliser un domino, brancher un interrupteur, il ne faut pas être électricien pour ça, j’apprends au fur et à mesure des besoins de mes créations.

Je suis un poil perfectionniste donc j’continue tant que je n’ai pas donné les bons mouvements à mes créations. Pour les assemblages de squelettes, pareil, sur le tas, l’avantage avec les ossements c’est qu’ils ont tendance à s’emboîter naturellement même s’ils viennent d’une espèce différente, et pour la peinture c’est plus une recherche en essayant de découvrir les possibilités qu’offrent toutes les peintures. Gouache, acrylique, huile, bombes, encres, etc…. Elles réagissent toutes différemment en fonction de la manière de travailler, conventionnelle ou non.

J’nai pas vraiment eu de formation dans une école d’art, à part les cours au lycée, ou mon prof d’arts, qu’est dev’nu un pote, m’a poussé à faire ce que j’aimais.

Les cours que j’ai pu suivre à Paris et à Rouen étaient bien spécifiques et on ne vous y enseignait ni la perspective ni même comment tenir un pinceau.

Votre travail le plus spectaculaire est sans conteste vos incroyables machines, d’où vous est venue l’idée de mettre ainsi en scène vos monstres ?

C’est tout con, une fois ma toute première bestiole assemblée, le « Cerbêglier », il lui fallait un socle, j’ai cherché un moyen de la mettre en valeur tout en la protégeant de la poussière ou autre, c’est là que j’ai construit sa cage en plexiglas avec mes premiers raccords électriques, une fois terminé, l’ensemble devait dépendre d’un autre support pour pouvoir la poser quelque part et du coup, j’ai commencé à faire le socle du socle de la baibaite avec la base de poussette.

En parallèle vous exercez la profession d’infographiste, ce métier vous aide t’il pour vos créations ?

Bien sur et réciproquement, mes photomontages m’ont permis de maîtriser à peu près Photoshop avant de devenir infographiste. Au boulot, j’utilise le plus souvent Photoshop, Illustrator et Indesign, et les différents supports que je crée m’aident pour certains montages perso comme pour les affiches, des baibaites, les Bookins, etc…

Connaissez-vous d’autres artistes qui évoluent dans le même univers que vous et avez-vous un maître ?

Celle qui se rapprocherait le plus au niveau des techniques sur les machines c’est Martine Fassier, assemblages de divers matériaux et peinture de l’ensemble, très intéressant. Sinon j’ai pu voir des gens qui travaillent les os, mais pas vraiment dans le même style. Des mises en scène de créations d’êtres hybrides que l’on essaye de garder en vie avec des machines bizarroïdes, je pense être le seul à faire ce genre de choses.
Au niveau « maître », ça pourrait être Giger, j’accroche à fond dans son univers peuplé d’os, de machines et de monstres. Savez vous que pour préparer l’extraterrestre Alien il a utilisé un crane humain pour faire la base de la tête !!??
Dommage que les côtés phalliques de ses boulots ressortent un peu trop parfois.

En voyant vos œuvres, on devine aisément que vous aimez la Science Fiction et le Fantastique.
Vite fait, on peux penser; cinéma : Alien, littérature : HP Lovercraft et Bd : Druillet et Nicollet, Vous avez bien sur plus de références, qu'elles sont elles ?

Alien, Prédator bien sur, tous les films où on peut trouver des bestioles originales mais aussi Mad Max pour l’côté un peu « destroy », les ambiances d’Abyss aussi ou encore les univers de Peter Jackson, Tim burton, Jean-pierre Jeunet.

En illustration, il y a Bröm, Juan Gimenez, Simon Bisley, Boris, et pleins d’autres dont je ne retrouve pas les noms mais qui m’ont vachement imprégné visuellement et en BD, la Graine de folie, Ultimate Parano, la fille du Bourreau, etc…

La musique que vous écoutez adoucie t’elle les mœurs de vos baibaites ?

Il me faut toujours un fond sonore, je peux chanter à tue-tête sur les Wriggles, mettre du Muse à fond, ou encore du Ben Harper ou du Tools en musique d’ambiance mais je ne pense pas que System of a Down ou Korn adoucissent vraiment les mœurs de mes baibaites….

Vos machines sont accompagnées de la liste impressionnante des composants hétéroclites qui servent pour leurs réalisations, il ne manque que le raton laveur et cela ressemblera au poème de Jacques Prévert « l’inventaire », où trouvez vous vos pièces ?

Un peu partout, j’récupère du vieux matos informatique par-ci par-là, les voyants et gyrophares dans de vieilles usines, pour les os j’ai un ami taxidermiste et j’utilise internet et Ebay où les fans d’ostéologie vendent leurs collections. Mais les os qui sortent un peu de l’ordinaire sont chers et j’pense que j’aurai du mal à les découper dans tous les sens si j’réussissais à m’en procurer.

J’achète le matériel électrique, la peinture, le vernis, le bois car pour les machines, en plus de tous les éléments que j’y ajoute, la plupart du temps il y a un socle en bois et j’uniformise le tout.
Pour les recouvrir et donner cet aspect rouillé, il y a six couches différentes, c’est assez long comme travail. Je passe deux couches à la bombe, une de noire et une autre de chrome, puis au pinceau une couche cuivre, encore une noire et un glossy orangé et enfin, pour finir, une couche de vernis mat en bombe.
Pour le siège du « Koharns », qui est un fauteuil roulant à la base cela m’a pris sept heures juste pour le peindre.
Mais j’aime bien le rendu et cela donne un côté uniforme à mes machines ce qui met encore mieux en valeur mes baibaites.

C’est dans l’air du temps la récup, le développement durable, vous n’avez pas peur d’être très vite catalogué ?

Houlà ! Catalogué moi ? J’sais pas, j’fais surtout de la récup’ faute de moyens, si ça peut faire plaisir à des gens de me cataloguer là d’dans, allez-y, je n’ai aucun pouvoir de décision là-dessus.

Maintenant c’est « The question » du Havredegraffs, que pensez-vous de l’art urbain, du graff, du pochoir, du collage, du détournement d’affiches ?

Le graff quand il est bien fait, il n’y a pas de problème, ceux à la gare par exemple sont superbes, j’ai vu des graffs avec une belle finesse de trait, on aurait dit du pochoir et y a pas que sur les murs, sur la toile, c’est carrément sympa !!
Par contre le tag « méchant » qui sert à rien, et bien j’remercie pas le mec qu’a tagué ma caisse….

Le collage j’aime bien, il y le côté éphémère du truc, et pis si ça ne plait pas on peut l’enlever, j’pense qu’on est loin d’avoir exploité toutes les possibilités du « collage urbain »

Le détournement d’affiche ça dépend, ça peut être marrant, ça amène à s’poser des questions et à voir les choses autrement.

Le pochoir, je l’utilise pour mes travaux, dans la rue ça peut faire de supers clins d’œil, mais au Havre à part le mec qui à réussi à faire un découpage à peu prêt correct et qui nous le pose un peu partout, je n’en ai pas vraiment vu de bien. En même temps j’suis pas souvent à pied dans le Havre et en voiture on n’voit pas forcément toutes ces choses là….

Et pour demain, quels sont vos projets, vos ambitions ?

Projet, trouver un atelier un peu plus près du Havre, celui que j’occupe actuellement se trouve de l’autre côté de l’eau et j’aimerai m’rapprocher.
Ici je n’ai que 10m² pour travailler et
30 m² là-bas à cinquante bornes du Havre, pas simple si j’veux bosser de grosses pièces mais bon, on verra !!
Ambition, investir une place, monter un musée, un bestiaire Fantastique. Une sorte de laboratoire abandonné mais où tout est resté en marche. Dans l’ambiance de mes machines rouillées et mes créatures. L’histoire est en train de se monter, j’ai encore plein d’étapes à franchir avant de finaliser, mais ça prend forme !!

Dyginst merci, et merci pour vos monstres, mais de grâce, gardez les bien enfermés dans vos machines, si jamais ils en sortent j'imagine la panique générale.

Propos recueillis par Mr Yak.
Le havre, le 26/08/09.

A voir la mini galerie et le site officiel de Dyginst.



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